TÉLÉVISION

«Feux» tient ses promesses

Une autre série de chevet de Serge Boucher sur ICI RC Télé

25 août 2016 |Stéphane Baillargeon | Télévision

Photo: ICI Radio-Canada Télé

 

«Feux» tourne autour de la rencontre entre la femme de carrière Claudine Grenier (Maude Guérin) et l’agent immobilier à succès Marc Lemaire (Alexandre Goyette).

 

 

En théorie, la série Feux avait déjà tout pour allécher : une réalisation de Claude Desrosiers, une production d’André Dupuy de la maison Amalga et surtout, surtout, un scénario et des dialogues de l’auteur Serge Boucher, qui a déjà donné Aveux avec ses deux complices, en plus d’Apparences, deux des sommets de la fiction québécoise des dernières années. La distribution n’annonçait aussi que du bon et du meilleur, avec Maude Guérin et Alexandre Goyette dans les rôles titres.

 

Encore faut-il livrer concrètement. Les deux épisodes visionnés mercredi par la presse tiennent toutes les promesses, et plus encore.

 

L’excellence se pointe

 

Bien sûr, il faut passer le plumeau avec précaution sur certaines oeuvres. Il faut aussi laisser du temps au temps du jugement. Et mieux vaudrait tout voir d’une série pour oser employer certaines expressions dithyrambiques. Seulement, il faut aussi reconnaître l’excellence quand elle se pointe, et c’est exactement ce qui se produit maintenant avec cette création de très haut niveau. Ce Feux brûle toute la médiocrité télévisuelle qui entache nos ondes et fait regretter que la qualité surélevée ne soit pas plus souvent au rendez-vous.

 

La série reprend et décline d’une nouvelle manière les obsessions connues du dramaturge Serge Boucher. Le fait que certaines personnes, certains clans, cachent un terrible secret. Cette idée qu’il vaudrait peut-être mieux ne pas remuer ce qui est profondément enfoui.

 

Cette fois, le passé surgit au hasard d’une rencontre entre la femme de carrière Claudine Grenier (Maude Guérin) et l’agent immobilier à succès Marc Lemaire (Alexandre Goyette). Assez vite, on comprend que, trente ans auparavant, Claudine gardait le jeune Marc le soir où sa mère est morte dans un incendie. Les dix heures sérielles serviront à fouiller les cendres.

 

De vieux ressorts

 

Selon le modèle établi par Aveux et Apparences, Feux devrait aussi servir à actionner de très vieux ressorts de la vie humaine, dont l’expiation comme processus de pardon des transgressions. Dès les premières heures, on sent bien que cette histoire, pour ne pas dire cette fable, ira aussi interroger la façon dont on peut pardonner une faute et expier ses péchés. Le fait que le drame oscille en partie autour du père de Marc (Jacques, joué par Denis Bernard), un médecin devenu pasteur évangéliste, enrichira certainement cette perspective fondamentale.

 

Serge Boucher nous a habitués à entremêler les drames psychologiques et les intrigues quasi policières. Ici encore, les apparences sont trompeuses, les aveux, toujours douloureux et la vérité, dissimulée, négligée, oubliée, ne surgit que lentement et péniblement au fur et à mesure de la découverte d’indices souvent révélés malgré eux par les personnages, dont la jeune Stéphanie (Camille Felton), adolescente surdouée de Claudine.

 

Vive le gris !

 

Serge Boucher a expliqué après la projection qu’il aimait peindre ses histoires et ses protagonistes tout en nuances et en parts d’ombre. « C’est Romain Gary qui disait qu’il n’y a que le gris d’intéressant, a-t-il résumé. Si tout est noir ou blanc, c’est plate. »

 

Après le Nordic noir, le thriller scandinave exporté partout, voici donc le boréalien gris, tout aussi distinct et alléchant, qu’on souhaite à tous de découvrir et d’apprécier…

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